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Interview
Alan Raude
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Escrirr
Le Galo (ELG)
Ecrire le Gallo
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Nul
n’est prophète en son pays et l’écriture a trouvé son prophète en la personne
de Alan Raude de l’île de Groix. L’inventeur polyglotte de l’ELG (Ecrire Le
Gallo), après de solides études en linguistiques, sait de quoi il parle en matière
de cohérence graphique d’une langue. Actuellement il prépare (toujours pour
le gallo) un dictionnaire trilingue gallo-breton-français d’au moins 6000 entrées
afin de réaffirmer la place du gallo en Bretagne.
Le Lian : Quelles études avez-vous faites ?
Alan J. Raude : Je suis né ne 1923, j'ai donc 75 ans.
Mes études, jusqu'au début des études supérieures, se sont passées à Paris.
En 1939 j'ai commencé à fréquenter l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à la
Sorbonne. Aux Hautes Etudes on enseignait toutes sortes de disciplines passionnantes,
l’histoire des religions, la linguistique, les langues orientales, sanskrit,
japonais etc. Entre autres choses il y avait la linguistique celtique. C'est
là que j’ai commencé à étudier le breton de façon scientifique, ainsi que le
gallois et le vieil-irlandais. Une fois dans cette voie je ne me suis plus arrêté.
Lorsque j'ai porté l'uniforme, en 1945, c'était comme sergeant-interpreter dans
les Welsh Guards, en Allemagne. J'y suis retourné en 1946 et je me suis inscrit
à l'université de Bonn. J'y ai suivi les cours de linguistique celtique, germanique
et romane.
LL : Combien connaissez -vous de langues ?
AJR : Je lis et écris couramment le breton, l'anglais
et l'allemand, mais je lis en général les langues romanes et les langues germaniques.
Pour le reste, j'ai les notions que tout linguiste devrait posséder.
LL : Quel métier avez-vous fait ?
AJR : J'ai commencé en 1948 comme traducteur technique
au Centre Technique du Machinisme Agricole, à Paris. Comme on avait des documents
en espagnol, italien, danois, suédois, j'en ai profité pour me perfectionner
dans ces langues. En 1950, au Centre de Documentation Sidérurgique, on avait
des documents du monde entier, et le suédois m'a entre autres été utile. En
1953 je suis passé à IBM-France, où la traduction technique était plus simpliste,
mais la connaissance de l'italien et de l'allemand m'a permis de prendre en
charge des tâches de coordination technique et de normalisation. J’ai participé
au lancement des ordinateurs et à leur application à la coordination technique
en Europe. C'est cette expérience en informatique qui m'a fait choisir comme
directeur comptable à la Coopérative des Agriculteurs à Landerneau en 1961.
Je me trouvais enfin de retour en Bretagne.
LL : Le virus linguistique ne vous a pas quitté ?
AJR : Loin de là. En 1942 et 1943 le Musée des Arts et
Traditions Populaires m'avait inclus dans une équipe de recherches folkloriques
en Bretagne, à Scaër, avec notamment Jef Penven, R.Y. Creston. Là on avait un
breton tout à fait différent de mon breton groisillon. C'est le breton le plus
court de Bretagne. Ainsi si l'on veut dire "Où allez-vous ?", dans le Léon on
dira “Da belec'h emaoc'h o vont ?”, alors qu'à Scaër c'est “P'lec'h 'm'oc'h
' hont ?” que l'on entend. C'est une excellente chose, on y apprend à attraper
au vol les mots réduits à une seule syllabe au lieu de 2 ou 3. Ceci, joint aux
différences dialectales et aux mutations consonantique du breton, inculque une
mécanique qui sert pour toutes les langues. On passe d'une forme de langue à
une autre, sans douleur. A Bonn, où l'on parle un dialecte différent de l'allemand
littéraire, cela ne m'a rien coûté de parler la langue locale. C'est au breton
que je dois cette faculté.
