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Le Galo (ELG)
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Histoire de la Bretagne |
LL
: Vous vous intéressez aussi à l'histoire de Bretagne ?
AJR : J'ai publié il y a deux ans un livre sur "L'Origine
Géographique des Bretons Armoricains". Actuellement je travaille à la rédaction
d'un ouvrage sur l'histoire des Bretons du 4ème au 6ème siècle. Le premier
livre était issu d'un mémoire de Diplôme d'Etudes Avancées soutenu à la Faculté
des Lettres de Brest. La recherche continue, car il y a encore des points
obscurs à éclaircir.
LL : L'époque dont vous traitez est aussi celle des légendes
arthuriennes ?
AJR : C'est exact, on trouve dans l'histoire des personnages
qui sont devenus plus tard des héros de légende. L'un des plus remarquables
se retrouve dans le roman d'Erec et Enide, en gallois Gereint ac Enid. C'était
un général de l'armée romaine du nom de Gerontius qui a commandé en Orient
sous l'empereur Théodose avant de devenir en Occident général de Constantin
III. Partout il s'est montré aussi héroïque qu'emporté. La tradition galloise
le connaît comme llynghesawc "chef de flotte" et on a tout lieu de croire
qu'il commandait la Classis Britannica, la flotte de Britannie et ses bases
continentales, Nantes et Vannes, donc pratiquement l'Armorique bientôt bretonne.
Il est sans doute l'un des principaux acteurs de la bretonnisation de notre
pays.
LL : Quels sont les liens entre la Grande Bretagne et l'Armorique
à cette époque ?
AJR : Les Romains, en Britannie, recrutaient des troupes
en priorité dans la "nation" des Cornoviens, qui avaient une forte tradition
militaire. Ils formaient les cadres des troupes dans la province frontière
du nord, la Valentia. On les appelait de ce fait Cornuvalenses. Au 4ème siècle
il y eut un gros problème. Surtout dans les années 370 environ les Scots (c'était
à l'époque le nom des Irlandais) faisaient de la piraterie, ils pillaient
la côte ouest de la Britannie et s'étaient même installés sur la côte du Pays
de Galles et sur la pointe de la Domnonée du sud qui est maintenant le Cornwall.
En 400 le général en chef des troupes de Rome, Stilicon, a donné l'ordre aux
troupes bretonnes de Valentia de faire une expédition maritime pour détruire
les établissements des Scots. C'est ce qu'ils ont fait entre 400 et 401. La
flotte romaine de Britannie a donc été mise en mouvement pour ce travail et
c'est ainsi que les Cornuvalenses sont venus du nord apporter leur nom au
Cornwall et à la Cornouaille continentale, à proximité des bases de la flotte,
Nantes et Vannes.
LL : Pourquoi les Bretons ont-ils émigré en Armorique ?
AJR : Ce n'était pas une migration, mais un mouvement
de troupes qui venaient assurer l'ordre et la protection. L'Armorique était
aussi menacée par les Scots (leur roi Niall des Neuf Otages a été tué en 405
ou 407 dans le Pays de Retz) et par les pirates Frisons, que l'on appelait
"Saxons". L'armée des Bretons formée en Valentia était en Occident la seule
capable d'intervenir efficacement et durablement. Dès le début du 5ème siècle
ils étaient installés de Varades à Portsall.
LL : Pourquoi retrouve-t-on à cette époque une Domnonée et
une Cornouaille de chaque côté de la Manche ?
AJR : La Domnonée insulaire existait en Britannie à
l'époque romaine, mais il y avait deux branches du peuple domnonéen. L'une
des branches était dans l'actuel Galloway écossais. Ils ont été recrutés par
les Romains et ont fourni une très grande partie des troupes de Valentia.
Les Domnonéens d'Armorique venaient du nord, il n'y a eu aucune émigration
au départ de la Domnonée péninsulaire
LL : L'Armorique était-elle déserte au moment où les Bretons y sont arrivés
?
AJR : Certainement pas. La population n'était sans doute
pas très nombreuse, mais le pays était bien habité.
LL : Que parlaient les Bretons qui sont venus de l'île britannique en Armorique
?
AJR : Ils parlaient le celtique insulaire du nord teinté
d'un peu de latin.
LL :
Que parlaient les Armoricains avant l'arrivée des Bretons ?
AJR : A l'époque il y avait deux langues en Armorique, d'une part ce
que l'on appelle à tort le gaulois, en fait le celtique continental, et le
latin.