|
Interview Menu |
|
Escrirr
Le Galo (ELG)
Ecrire le Gallo |
|
Etymologie/1 |
LL
: Pourquoi parler plutôt de "celtique" que de "gaulois" ?
AJR : Le celtique continental est appelé "gaulois" en
français. C'est un nom faux et inadmissible. Gaulois vient du germanique walhisk,
terme qui pour les Germains désigne les peuples voisins parlant une langue
romane. Gaulois est un adjectif lorrain qui s'oppose à thiois (ou "tiche"),
qui provient de theudisk, qui veut dire "de langue germanique". Ainsi en allemand
Welsch (latin, roman) s'oppose à Deutsch (allemand). A Audun-le-Tiche on parle
allemand, à Audun-le-Roman on a fait la traduction de "Gaulois" en "Roman".
Le nom latin Gallia, s'il avait évolué à la française, serait devenu Jaille,
et les Galliens auraient été des Jaillais. Au 15ème siècle des littérastes
ont adopté Gaulois pour traduire le latin Gallus. Ils en ont tiré Gaule et
décidé que ce nom désignait le territoire délimité par Jules César sous le
nom de Gallia. Ethniquement c'est parfaitement arbitraire car la vallée du
Pô autant que celle du Danube étaient celtiques et parlaient la même langue.
Il n'y a pas de "langue gauloise", mais le celtique continental. Il n'y a
pas de "nos pères les Gaulois". Les Bavarois, les Bohémiens pourraient dire
"nos ancêtres celtes" avec autant de droit que les Limousins et les Piémontais.
LL : Les mots "Gallois" et "Welsh" (gallois en anglais) sont aussi d'origine
germanique ?
AJR : Oui, c'est vrai pour l'anglais Welsh, mais il
s'est imposé à la suite d'une salade assez indigeste. Au départ il y avait
la Valentia, province dénommée d'après l'empereur Valens, mais aussi le Vallum
d'Antonin, position avancée de la province. Les soldats de la province ont
été nommés Walenses, et de ce nom on a tiré Walia, le pays régi par les Walenses,
après 400. Gallois peut provenir de Valenses aussi bien que de Walhisk. Il
y a ici perte du sens "de langue romane".
LL : Vous vous intéressez beaucoup à la toponymie bretonne ?
AJR : Je travaille toujours en ce sens, tant sur les
toponymes recensés que sur les éléments constitutifs des noms. J'ai établi
un dictionnaire toponymique des communes de Bretagne ainsi que des noms des
lieux importants.
LL : Pourquoi les toponymes latins en -acum semblent-ils avoir
disparu à l'ouest d'une ligne Mont-St-Michel - Guérande ?
AJR : Les noms en -acum ne sont pas tous gallo-romains,
on en a créé bon nombre au Moyen-Age. On en a qui sont datés du 11ème siècle.
Il y a des noms purement bretons se terminant en -ac. Globalement, des noms
bretons ont pu remplacer des noms latins, mais beaucoup ont subsisté, en clair
(Cap Cavall à côté de Penmarc'h) ou sous-jacents. Surtout il ne faut pas oublier
que la majorité des noms dits "latins" étaient en fait des noms celtiques,
tant à l'est qu'à l'ouest de l'Armorique.
LL : Avez-vous des exemples d'influence du latin sur la toponymie bretonne
?
AJR : Par exemple le Plou-, premier terme des noms de
tant de paroisses bretonnes. Il vient du latin plebs, "le peuple". De même
le Gwig- qui alterne avec Plou- , surtout en Léon (mais on a aussi Guipry,
Guichen), vient du latin uicus, en évolution bretonne. Le breton possède beaucoup
de mots d'origine latine et on en retrouve en toponymie. Mais parfois un toponyme
latin n'est plus compris, comme par exemple Lavadur, du latin lauatorium.
LL : Connaissez-vous l'origine de Carhaix ?
AJR : Carhaix est le breton Kaer Ac'hes, du latin Castrum
Accessus "le Camp de l'Entrée", à savoir dans le territoire des Osismiens.
Certains soutiennent que l'ancien nom de Carhaix était Vorgium. C'est une
fantaisie, car Worgion, en vieux-celtique signifie "océan". Comme Carhaix
n'est pas tout à fait un port de mer, c'est un peu gênant. En fait Vorgium
était à Plouguerneau. Là, à moins d'un mille au large de Kastell Ac'h on a
l'Ile Vierge, c'est à dire en breton Enes Werc'h. Gwerc'h est l'évolution
normale de Worgion. On l'a confondu avec l'adjectif gwerc'h qui signifie "vierge".
LL : D'où vient cette confusion ?
AJR : De la Carte de Peutinger. C'est une copie d'une
carte romaine schématique représentant l'ensemble du réseau des voies de l'Occident
de l'Empire. Très utile, mais difficile à interpréter. Les étapes sont représentées
par des décrochements des lignes correspondant à un nom de lieu, et les distances
entre les étapes sont indiquées en chiffres. Mais à différents endroits on
a pu constater qu'il manque un nom et une distance. C'est le cas pour Vorgium.
Il manque le nom de Castrum Accessus et une distance. Le décrochement est
bien en place sur la carte.