Interview
Alan Raude

Menu

Parcours/1

Parcours/2

Sa connaissance
du gallo

Histoire de
Bretagne

Etymologie/1

Etymologie/2

Identité Gallèse

Linguistique
Gallèse

Ecriture
Gallèse/1

Ecriture
Gallèse/2

Escrirr Le Galo (ELG)
Ecrire le Gallo

Etymologie/2

LL : Voyez-vous des graphies fantaisistes dans les noms de communes ?
AJR : Sans doute, il y en a un grand nombre. Croyez-vous que Quimper n'est pas une graphie fantaisiste ? Tout cela devrait être corrigé, comme on l'a fait pour Rimoux, dont on a supprimé l'horrible X final. C'est un nom connu, Rimau en vieux-breton, qui veut dire "serviteur royal", en breton moderne Rivaw. Caulnes est aussi une belle cacographie, alors qu'il s'agit simplement du breton Kawn "vallon encaissé".

LL : Existe-t-il déjà des dictionnaires étymologiques de toponymie bretonne ?
AJR : Nous avons déjà 2 dictionnaires départementaux par B.Tanguy, pour 29 et 22. C'est très bien fait et utile du point de vue de la recherche en archives, un vrai travail d'expert. Mais du point de vue linguistique il dérape plus d'une fois.

LL : Que pensez-vous du dictionnaire étymologique des noms de lieux de France d'Albert Dauzat ?
AJR : C'est l'abomination de la désolation. Dauzat était un romaniste versé uniquement dans la phonétique historique du français. Ne connaissant rien du celtique en dehors de quelques mots qu'il met à toutes les sauces il a systématisé les pires des hypothèses de d'Arbois de Jubainville. Il voit un propriétaire dans chaque nom en -acum et invente des noms quand il n'en trouve pas d'attestés. B.Tanguy a fort bien rectifié le tir. Dauzat voit dans tous les noms en -euil des ialon "clairière", alors que la plupart contiennent le terme celtique wogilon, qui veut dire un terrain bas. Comme il existe un Mareuil, (de *Marowogilon "la grande cuvette"), que Dauzat explique évidemment par un ialon, il lui annexe notre Maroué, qui est un nom propre purement breton. C'est un exemple entre mille. Même pour les noms purement latino-français il faut s'en méfier. La Normandie bénéficie aussi de bourdes réjouissantes.

LL : Et pour Pacé, Dauzat dit que la forme ancienne est Pacciacum, du nom de personne gallo-romain Paccius ?
AJR : Un point complètement faux est que tous les noms en -ac révèlent le nom d'un propriétaire des terres à l'époque romaine. Cela peut arriver, mais le plus souvent c'est autre chose. Ainsi à Rougé, de Rubiacum, c'est la nature du terrain : la terre est rouge de minerai de fer. A Comblessac on a Comba-Lekkiaka "la Combe aux Pierres plates". A Sévignac, Seminiacum, on retrouve Sem(i)nio- "gorge". A Riantec, Rigantiacum, on a le nom de la déesse Rigant(on)ia. Pour Pacé, choisir le nom de Paccius est arbitraire. On pourrait aussi bien tirer le nom de pax "la paix". Comme il y avait une déesse celtique du nom de Pakia "la chevelue" on peut très bien avoir eu un celtique Pakiakon "lieu de Pakia".

LL : Comment faites-vous vos recherches toponymiques ?
AJR : Il y a deux éléments de recherche : les graphies anciennes et la prononciation locale. Par exemple, pour le Morbihan on a le dictionnaire toponymique de Rozenzweig, archiviste au siècle dernier, qui a relevé toutes les formes connues des noms de lieux du département. Pour l'Ille-et-Vilaine le dictionnaire de Bossard est resté en manuscrit, mais on a pu en prendre connaissance. Pour la Loire de Bretagne le dictionnaire de Quilgars. Ainsi on a des points de repère, rarement du Haut-Moyen-Age, mais surtout à partir du 12ème siècle, et on s'efforce de reconstituer l'étymon, la forme celtique ou latine des noms vraiment anciens, ou la forme en vieux-breton ou en britto-roman.

LL : Quel rapport y a-t-il entre Rennes et Redon ?
AJR : Une consonance accidentelle. Le nom de Redon, vieux-breton Roton, dérive du radical rot- "gué". Le nom de Rennes vient de Rêdones qui signifiait "les conducteurs de chars". De la racine *r°d qui a aussi donné le latin rota, l'allemand Rad "roue". (Ecrire Riedones pour le nom vieux-celtique est une lubie récente et totalement erronée, le plaisir de répéter une cacographie d'un graveur sans doute dyslexique). Dans l'évolution phonétique romane d'oïl les d et les t, entre deux voyelles, disparaissent l'un comme l'autre. C'est ainsi que l'on sait que Redon est une forme bretonne. Rêdones a donné en breton Roezon.

LL : Avez-vous l'intention de publier vos recherches linguistiques ?

AJR : Elles sont destinées à être publiées.