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Le Galo (ELG)
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Linguistique gallèse |
LL
: Que connaît-on sur l'historique du gallo ?
AJR : Le gallo est aussi ancien que le français, c'est
aussi une langue romane qui s'est développée à partir du latin en passant
par le roman de la Gallie du nord. Si le gallo était dérivé du français il
en aurait suivi l'évolution. Or sur certains points le gallo a été en avance
sur l'évolution du français.
LL : Sur quels points le gallo est-il en avance sur le français
?
AJR : Prenons le cas des "E atones", dits "E muets".
En gallo ils avaient déjà disparu au 14ème siècle, alors qu'en français au
17ème siècle ils étaient encore prononcés.
LL : Comment peut-on savoir cela ?
AJR : Par le breton. La langue bretonne est une chance
qui échappe aux romanistes qui l'ignorent. Elle nous fournit des points de
repère : les mots empruntés par le breton au français et au gallo. Ils se
sont fossilisés en breton et révèlent la prononciation dans la langue d'origine
à la date de l'emprunt. Les mots empruntés, anciennement, au gallo, n'ont
pas d' "E muet" : gward, gloer, merk, etc. (C'est un point qui a échappé à
J. Piette. Le titre de sa thèse : French Loanwords in Middle Breton montre
déjà qu'il a négligé l'existence du gallo, et il est passé à côté des problèmes
intéressants sur ce terrain). Au contraire, les mots empruntés au français,
plus récents, ont en finale un -a qui tient lieu de l'E final atone du français.
Le gallo dit mott, nobless. Quand on a les toponymes Lamotta, Noblessa, on
sait qu’ils sont plus récents et viennent du français. De même, sur d'autres
points, la comparaison du breton rend service pour l'étude du gallo.
LL : Que sait-on sur la palatalisation en gallo ?
AJR : Quand la langue se rapproche du palais on a les
prononciations [k'], [g'], devant des voyelles d'avant, [l'] après des occlusives.
Dans le cas de /k/ mouillé, on a plusieurs stades de palatalisation, [k'],
[kj], [tj], [t ]. Pour /g/ mouillé on a [g'], [gj], [dj], [d ], mais aussi
on peut passer de [gj] à [j] (yèrr pour gèrr). La palatalisation ne joue pas
de rôle phonémique en gallo, c'est à dire que normalement on ne distingue
pas un mot d'un autre par le fait qu'il présente une palatalisation ou non
(Quand cela se présente c'est qu'un autre phénomène est en jeu : une élision).
Il en est de même en breton.
LL : Peut-on dater la palatalisation en gallo ?
AJR : Souvent les évolutions phonétiques ne se font
pas sur place. Elles ont un point de départ, un épicentre, comme on dirait
en sismologie et elles se répandent à l'entour, passent d'une ville à l'autre,
suivent le cours des fleuves en montant ou en descendant, suivant le sens
de circulation dominant. La palatalisation n'est pas ancienne en gallo, il
l'a reçue du poitevin qui l'avait acquise précédemment, venant probablement
de Lyon. Lyon est dans le Forez, dans la zone romane dite franco-provençale
(très mauvais nom pour dire que la langue n'y est ni française ni provençale)
qui est au contact du rhéto-roman où la palatalisation est aussi très remarquable.
Si on consulte les textes anciens, en poitevin et en saintongeais on constate
que la palatalisation n'est pas totale dans ces pays. Elle a atteint le saintongeais
vers le 18ème siècle. Elle a traversé le gallo pour atteindre le breton et
devenir caractéristique du vannetais, alors qu'au 19ème siècle elle était
encore très limitée. L'évolution est toujours en cours, en gallo comme en
breton.
LL : La palatalisation n'est pas homogène en gallo ?
AJR : Non, elle n'est pas identique dans tous les parlers
du gallo, et quant au temps, prenons la description de Dottin-Langouet à la
fin du 19ème. En comparaison de la prononciation actuelle, on voit que cela
c'est modifié. Là où il y avait des [ki] on trouve des [t i], mais pas partout.
LL : Ainsi, le défaut de palatalisation dans le bassin de Rennes ne serait
pas dû, comme on l'entend dire, à un recul de traits anciens du gallo sous
l'influence de la ville ?
AJR : Non, c'est plutôt que le bassin de Rennes n'a
pas subi le courant palatalisateur. De ce point de vue la région présente
un archaïsme.
LL : Qu'en est-il des -t finaux en gallo ?
AJR : Les enquêtes ont noté que dans une partie de l'Ille
et Vilaine (v. Dottin §86, Chauveau Le Gallo volume II p.148) le -t final
se prononçait. A Groix, dans le village de Kerrohet, on prononçait aussi les
-t finaux, dans douet, gout, nordet, par exemple. On peut penser que le -t
final a été amui vers le 15ème siècle, comme les autres consonnes finales.
A partir du moment où, dans l'écriture, on omet une consonne finale ou si
on la remplace par une autre, c'est qu'elle ne se prononce plus. C'est ainsi
que St-Suliaw est devenu Saint-Suliac.