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Escrirr
Le Galo (ELG)
Ecrire le Gallo |
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Ecriture gallèse/1 |
LL
: Comment vous est venue l'idée d'une orthographe unifiée pour le gallo ?
AJR : Une orthographe est nécessaire pour qu'une langue
acquière la considération. Si un parler est écrit suivant les règles d'une
langue dominante, en modifiant certains mots seulement pour indiquer une divergence,
on a une graphie différentielle, patoisante. Or toute langue a ses règles
internes et une graphie respectable doit être conçue en fonction de la langue
elle-même, et non pas en fonction de la langue d'à-côté. Quant à l’écriture
unifiée, c'est un besoin d'intercommunication, il faut que les écrits gallésants
soient compréhensibles dans l'ensemble du pays.
LL : Vous
avez, pour le gallo, conçu un système orthographique appelé ELG, comment avez-vous
fait ?
AJR
: Je me suis fait un cahier des charges, je me suis donné des conditions
à remplir. Il fallait que cette graphie soit unique, compréhensible pour tous
les gallos, au prix maximum d'une semaine de formation, pas plus. Il fallait
aussi, puisque différents parlers existent, qu'on puisse les représenter de
façon simple et reconnaissable. Le troisième point était que la graphie ne
soit pas une invention phonétique en caractères cyrilliques ou hébraïques.
Il faut que la valeur des lettres et groupes de lettres soit traditionnelle.
J'ai donc recherché dans les noms de lieux et dans les textes anciens quelles
étaient les caractéristiques de l'écriture gallaise. A titre d'exemple il
y en a une très nette et évidente, spécifique de la Bretagne romane, l'usage
de en avec la valeur [e] nasalisé, comme dans Guichen, Guignen, etc.. Tous
les Bretons connaissent cette valeur de en, du Pouliguen à Plesguen, à St-Méen,
à Lesneven. C'est l'un des éléments dont il fallait tenir compte.
LL : Pensez-vous que, depuis le temps que le gallo
est écrit, il ne s'est pas installé des habitudes, comme l'emploi du ë ?
AJR : L'usage du ë n'est pas très ancien. Je pense que
c'est Joël de Villers qui l'a introduit, et ce n'était pas une mauvaise idée.
Je n'ai jamais objecté contre cet emploi, là où c'est commode pour représenter
simplement le parler local. Moi-même je m'en sers pour le breton. Mais c'est
une mesure transitoire, avant de pouvoir passer à la langue classique.
LL : Que pensez-vous du ll après consonne, du qh et du gh utilisés
par le motier pour représenter les palatalisations ?
AJR : C'est tout nouveau, arbitraire, emprunté au poitevin,
et n'a aucun intérêt. Voir les règles simples énoncées dans ELG.
LL : Quelles sont vos sources pour l'étude du vocabulaire gallo ?
AJR : Je pense que la majorité des sources écrites que
j'ai utilisées, vous les avez en mains, à Bertaeyn Galeizz. Il y a peut-être
une différence dans l'utilisation de ces sources : j'ai l'habitude de la traduction
technique. Les collecteurs de vocabulaire, en gallo comme en Bretagne bretonnante,
connaissent un français local, qui n'est pas toujours d'accord avec le français
des dictionnaires, si bien que je suis amené parfois à transposer certains
termes français.
LL : Vous avez aussi du vocabulaire abstrait, comme éternité
?
AJR : Dans les glossaires on trouve aussi des termes
abstraits. Les gens "instruits" s'imaginent que la langue populaire est attachée
à la terre par de gros sabots, ce n'est pas vrai du tout, les gens de la campagne
avaient aussi des idées abstraites à exprimer, et on les trouve dans les glossaires.
