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Interview
Alan Raude
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Escrirr
Le Galo (ELG)
Ecrire le Gallo
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LL : Que pensez-vous du motier ?
AJR : Alors que Bertaeyn Galeizz était engagée dans l'usage
de ELG depuis plusieurs années, la rechute dans le patois est une déception,
et les nouveaux choix n'avaient rien de défendable. L'imitation du poitevin
n'a pas lieu d'être. Le poitevin-saintongeais a ses problèmes propres, qui ne
sont pas les nôtres et les graphies utilisées sont le plus souvent marquées
par la méthode différencielle patoisante. Précisons bien : les écrivains gallaisants
actifs ont chacun leur système pour se faire comprendre de lecteurs qui n'ont
appris que le français. Il ne faut surtout pas qu'ils perdent leur public en
changeant brutalement de système graphique. Les innovations doivent être introduites
prudemment, et c'est là que ë, par exemple, est utile. Mais travailler en vue
de l'avenir avec de tels systèmes, je ne suis pas d'accord.
LL : Pensez-vous que le système ELG soit une écriture d'avenir ?
AJR : Si le gallo doit avoir un avenir je ne pense pas
que l'on puisse faire autrement.
LL : Si on fait le bilan en 1998, l'ELG ne s'est pas vraiment
imposé ?
AJR : Mais combien de livres en gallo a-t-on publié dans
le même temps ? Pas beaucoup. Où fait-on des cours de langue gallaise ?
LL : Ne craignez-vous pas que l'ELG soit trop compliqué ?
AJR : Tout au contraire, le système est simple, il n'y
a même pas 30 pages pour l'exposer complètement. En face de ça l'exposé de "La
Prononciation Française" de Pierre Fouché, ouvrage classique, a plus de 500
pages, ce qui montre la complexité du système français. Tout cela est supposé
acquis au cours de la scolarité (que de temps gaspillé !). Beaucoup de linguistes
ont réclamé une rationalisation du système français, mais on se heurte à des
fondamentalistes intégristes fanatiques qui bloquent tout -et maintenant ils
ont un ayatollah dans la personne de Bernard Pivot. Pour en revenir au gallo,
imaginez qu'il faille exposer à des Italiens qui ignorent tout du français la
graphie du motier. Combien de pages seraient-elle nécessaires ? Dans des écoles
bilingues la graphie ELG fera la joie des élèves comme des professeurs.
LL : Vous dites que le gallo doit s'écrire comme s'il n'avait
jamais cessé d'être écrit ?
AJR : C'est bien ce que j'ai écrit.
LL : Pour vous le gallo n'a jamais cessé d'être écrit ?
AJR : Je n'ai pas dit ça. Vous oubliez le "comme si".
On a toujours écrit plus ou moins le gallo, mais ce n'a pas été fait de façon
cohérente. S'il l'avait été, partant disons du Livre des Manières d'Estienne
de Fougères ou de l'original de la Chanson d'Aquin, son orthographe aurait été
modernisée par étapes, comme on l'a fait en néerlandais.
LL : Le système ELG est quand même très éloigné de ce qui avait
été fait auparavant ?
AJR : La synthèse est de moi, mais je n'ai rien inventé.
Je suis parti d'une idée de base de Jehan de la Grëye, en remplaçant son tréma
par un -e-. Je n'ai introduit aucun élément étranger à ce qui était utilisé
dans le passé. Je n'ai pas voulu écrire le gallo comme du breton (comme dans
le système de Vantyé). Il aurait été commode de se servir du -w-, mais comme
on ne le trouve pas en britto-roman je l'ai écarté.
LL : Donc, à titre d'exemple, le trigraphe aey a déjà été employé
avant l'ELG ?
AJR : Oui, de tels trigraphes, pour des diphtongues, se
trouvent dans d'ancien textes.
LL : Y a-t-il eu d'autres projets comme votre écriture pour d'autres
langues ?
AJR : D'abord les orthographes de l'espagnol, de l'italien,
du roumain, ne sont pas conçues différemment. La graphie de Jean Bernabé pour
le créole antillais est excellente. Pour le corse, la graphie d'Albertini est
tout à fait comparable, pour l'auvergnat celle de Pierre Bonnaud. Ne parlons
pas des ratages, il y en a aussi, et il ne manque pas d'ayatollahs.
LL : Comment pensez-vous qu'en gallo on finisse par écrire tous
de la même manière ?
AJR : L'objectif est de fournir aux gens un outil souple,
qui leur permette de se faire comprendre tout en exprimant leur originalité.
Si l'on fait violence on quitte le projet humaniste.